SALUT

mercredi 13 octobre 2010

Cette réalité qui dépasse notre fiction

Ce soir là, nous avions décidé d’aller prendre notre souper en ville.  Notre choix s’était porté sur un café restaurant situé sur Main Street.  Destiné aux blancs vu les prix pratiqués, cet endroit avait l’avantage d’offrir un cadre empreint de sérénité qui nous rappelait un tant soit peu nos standards européens.
L’estomac et l’esprit apaisé après cette piqure de rappelle au goût occidental, nous repartons. A cette heure-ci, la rue est aussi vivante que durant la journée. On peut y entendre le dancehall Ougandais qui parvient d’une petite échoppe, les rires des locaux ragotants sur les terrasses. Parfois, cette animation était  interrompue par un black out qui semblait plonger la ville dans le mutisme.
Arrivé à  notre Toyota, Caroline semble perplexe. Adrien  et  moi n’arrivons pas à saisir ce qui se passe. La vitre arrière a été brisée. Nous nous regardons comme pour nous entendre sur la réalité de la situation. Certainement par reflexe, nous retournons la tête et observons les alentours pour peut-être y trouver un indice, une piste. Il est trop tard. Nous réalisons assez rapidement que nos sacs ont été volés, tous sans exception. Et c’est là que commence l’inventaire de ce qu’ils contenaient, nous amenant petit  à petit à prendre conscience de l’importance du fait.
Après ce bref constat, nous nous rendons au poste de police de Jinja. A l’accueil, on nous indique de nous rendre dans le bureau, la deuxième porte à droite. Nous longeons le sombre couloir. Le bâtiment est vaste mais nous peinons à distinguer son architecture intérieur.  Nous arrivons dans le bureau à l’entrée duquel il est mentionné « homicide room » ! Je retourne brièvement la tête et aperçoit une dizaine de mains accrochées aux barreaux d’une cellule. Je ne peux voir de visage mais sens le poids des regards posés sur les étrangers que nous sommes. Quoiqu’il en soit nous sommes là pour déposer une plainte.
Nous entrons dans la pièce indiquée auparavant par l’hôtesse. Malgré la présence de deux policiers, il n’y a aucun bruit. L’un deux nous  propose de nous assoir. Encore secoués par ce qui nous est arrivé, nous aurions voulu être rapidement entendus. L’atmosphère qui règne ici n’est pas là pour nous rassurer. Quelques slogans éducatifs ainsi qu’un numéro de téléphone a appelé en cas de corruption tiennent tant bien que mal sur les murs peints d’une couleur qu’il est impossible de définir. La poussière a semble-t-il pris ses quartiers. Des tonnes de dossiers et de registres languissent sur les quatre bureaux disposés d’une manière improbable. Les deux représentants de l’ordre lisent paisiblement leur journal et nous demande de patienter un instant.
Sa lecture terminée, l’un d’eux nous demande ce qu’il s’est passé. Il décide alors d’établir un constat que nous allons nous même rédiger sous sa direction. Le seul problème est qu’il n’y a pas de stylo à disposition. Le policier nous accompagne alors à l’extérieur afin que nous que nous en achetions trois. Nous pouvons alors commencer la dictée. Je lui fais remarquer que j’ai l’impression d’être à l’école primaire. Lui se targue d’être un bon professeur. Néanmoins, nos rapports mentionnent les faits réels ainsi que l’inventaire complet des affaires dérobées.
Soudain, une multitude de voix plus fortes les unes que les autres brisent la quiétude retrouvée et une dizaine de personnes entrent dans le bureau dont une femme qui semble accusée de produire de faux billets. Les deux gardes armés de mitraillettes, qui ne sont pas des policiers, examinent de près les faux et les font passer aux autres personnes présentes. Ce sont les personnes lésées. Notre interlocuteur n’a toujours pas bougé d’une oreille. La jeune femme essaie d’expliquer le raisons de son délit. Elle est affamée. La tension monte d’un cran et l’un des deux gardes gifle violemment la jeune femme. Mon sang ne fait qu’un tour, je ne comprends pas ce geste et ne le tolère pas, j’hésite un instant à réagir. Ne  connaissant pas la loi Ougandaise et considérant l’évidence de la corruption, je fais le point dans ma poche de peur de l’emprisonnement. Notre policier lève enfin la tête  et nous explique que parfois cela peut arriver. Il nous demande alors de revenir demain pour obtenir notre rapport.
Nous retournons donc le lendemain dans le poliçariat (nom inventé par Caro) et allons à la rencontre de l’inspecteur qui nous a reçus hier soir. Ce dernier nous emmène dans une autre salle afin que nous puissions obtenir notre rapport écrit. Il donne quelques instructions en Luganda à son collègue et nous demande d’attendre. La salle est pleine a craqué. Il y règne une confusion qui ne nous permet pas de définir le policier du citoyen. Quelques minutes plus tard, une de ces personnes nous explique que le rapport n ‘est pas encore établi. Notre dossier doit d’abord passer dans le bureau 16, revenir au 13, repartir au 14 et terminer son long parcours dans le bureau 9, dans lequel nous sommes. Je ne peux me retenir de rire. J’ai déjà entendu ça je ne sais où. Pire, mon interlocuteur est tout aussi hilare que moi. Nous comprenons alors que la procédure est loin d’être terminée et que nous devrons revenir plusieurs fois. Qu’il en soit ainsi.
Résignés, nous préférons quitter les lieux. C’est alors que l’inspecteur nous interpelle pour nous préciser que le rapport écrit nous coûtera environ 7'000 USH mais il n’est pas sûr... Peut-être 60'000 USH... Nous nous retournons, interloqués. Adrien réagit au quart de tour et affirme fermement qu’il ne paiera pas pour un service public. Nous avons déjà perdu assez d’argent et de travail dans cette histoire. Sur fond de scandale, nous sortons du poliçariat d’un pas décidé.  
Une fois les esprits calmés, nous reparlons de ce qui s’est passé et de ce qu’on nous demande. Nous préférons nous exécuter que de risquer des ennuis.
Quelques jours plus tard, nous irons payer les 60'000 USH et obtiendrons notre rapport non sans nous être excusés de l’esclandre de la dernière fois. Mais, n’est-il pas trop tard ?

Jack

4 commentaires:

  1. En effet, c'est plus que folklorique le policariat (jolie contraction caro ;-) je suis passée du rire aux larmes en lisant cet article. Mais au fait , ca fait combien 60'000 USH en franc suisse ? :-S
    Keep smilling guys ;-)

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  2. Me suis posé la même question... :-) Et ça fait environ 25 CHF!
    Conversion ici...

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  3. Quelle histoire...! On en est tout retourné avec Alex.... On imagine vraiment la scène, même sans avoir vécu quelque chose de similaire...
    Je pense que ça te rappelle "Astérix et les 12 travaux" ou un truc comme ça, c'est quand ils doivent rapportés un certain document et sont obligés de passer par quinze bureaux.... Finalement Astérix décide de jouer à leur propre jeu et ce sont les bureaucrates qui deviennent fous et non les gaulois...
    Même les Brésiliens qui sont chez nous en ce moment sont choqués de cette histoire!!

    Bon courage!

    Evelyne et Alex

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  4. Punaise!!!Quelle histoire!! Votre aventure est vraiment une aventure...Après votre ordi, voici vos affaires!!!! Tu as bien fait Jack de ne pas avoir réagi, on t'aurait foutu en cellule..Et ton affaire, passerait en salle 9, puis 13, puis 24.. Je suis choquée par leur manière de faire!!!! Bah,vous vous sentez comment après une histoire pareille? Heureusement, que personne n'a été blessé..

    Prenez soin de vous! j'espère que la lecture que vous nous laisserez sera plus joyeuse la prochaine fois ;-)! Bisous

    Xuan

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